On rigolait. J'étais le clou du spectacle, il devait y avoir une demi douzaine de rires différents concentrés sur mes paroles. Je fixais ma cible, de mes yeux rieurs, de mes yeux sans pitié. Je crachais mes mots sur lui, de son nez je passais à ses cheveux, puis ses yeux, sa bouche, pour en arriver à la forme de son visage. J'arrivais même à rabaisser son sourire. Je compris après qu'il n'était pas sincère, ce sourire. Prise dans mon élan, j'arrivais, imperturbable, à le critiquer tout entier. L'humilier devant tout le monde. Nous étions à table, je reprenais mon souffle pendant sa minute de répis, puis relevait mes yeux de flammes vers son maladroit visage, et la cruauté ressortait de ma bouche, pour étouffer une fois de plus cette même victime. Mes mots défilaient, ces piques venaient lui crever les yeux, la peau, les lèvres, le coeur. Horribles paroles, abjectes critiques, du faux sourire il passa en même pas un instant aux larmes. Il pleura, toujours autour de nous. Je ne me rappele plus entre ce passage et celui où il éloigna brutalement sa chaise de la table, pour courir dans sa chambre. À la vue de la première goutte d'eau qui avait réussi à se degager du rocher qui bloquait son chemin, je me tue. Je le regardait, ne parlait plus, avait un vide en moi. Je me précipita à mon tour hors de table, n'ayant aucune idée d'où il était allé. Je monta les deux étages à une folle vitesse, ouvrit toutes les portes qui se trouvaient devant moi, pour arriver là où il était. Je m'approcha du lit où il s'était réfugié, m'assis à côté de lui, prononca quelques ridicules baffouillement de désolation, puis pleura avec lui. Je ne comprenais pas la salope qui avait osé l'humilier ainsi.